[Hugh Howey] Silo

Le problème avec les bouquins qui sont encensés par la critique, c'est que t'as tendance à mettre la barre très haut quand tu commences ta lecture.
« Silo », on te l'annonce comme « un vent d'air frais sur la science-fiction » alors tu te dis whaou, il doit y avoir plein d'idées nouvelles, une intrigue un peu originale, des personnages canons... et tu te retrouves avec un « Hunger games » pour adultes.
C'est pas méchant hein, j'ai bien aimé « Hunger games » et toutes les dystopies qu'on nous sert en ce moment, c'est rafraîchissant, mais c'est juste qu'à un moment quand on t'annonce que tu vas lire un truc original, eh ben si c'est pas original, ça fait un peu un flop quoi.

Le pitch pour commencer :
L'histoire se passe dans un monde post-apocalyptique. Toute une communauté de gens vivent dans un énorme silo sous terre depuis des décennies. Tout s'organise à la manière d'une micro-société, chacun a sa place, fait son petit job. Mais il est strictement interdit de se poser des questions sur le pourquoi du comment de l'histoire du silo et de mettre en doute la parole des dirigeants, sinon, hop, on vous condamne à aller faire le nettoyage des capteurs dehors, capteurs qui permettent de retransmettre les images d'un extérieur désert et toxique. Personne ne revient du nettoyage. Et donc, tu supposes que certaines personnes, vont se poser des questions et essayer d'enquêter sur les secrets du silo.

L'intrigue :
Alors en soi, l'intrigue est plutôt cool et assez cohérente. Des gens enfermés quelque part, qu'on contraint à vivre leur quotidien sans vagues, bien placés chacun dans sa catégorie et auxquels on semble mentir pour garder le calme social. Déjà, si t'as vu « Divergente », tu vois où je veux en venir. Et puis de temps à autre, on pioche parmi les récalcitrants pour aller se sacrifier et faire un nettoyage et que ça serve de modèle à ceux et celles qui voudraient l'ouvrir. Et là, si tu as vu « Hunger games », tu vois où je veux en venir. Et au final, l'héroïne va tenter, avec l'aide de complices, de s'opposer à l'ordre social et aller à la recherche de la vérité.
Au final, les grandes lignes ne sont pas trop originales mais faut reconnaître que l'intrigue est quand même moins simpliste que celle de la plupart des œuvres qu'on voit passer. Les détails sont creusés et l'auteur réussit à créer une cohérence autour de sa petite société souterraine, il n'y a pas à dire, c'est crédible, c'est plausible, même si je pense que des technicien-nes ou ingénieur-es pourraient toujours trouver des trucs incohérents dans le fonctionnement technique du truc on sait que c'est pas vraiment le but de l'oeuvre que ce soit complètement faisable.
Finalement, dans la première moitié du livre, on est vachement plus en haleine. Quand on avance dans l'histoire, les péripéties deviennent beaucoup plus prévisibles, j'ai même lu certaines pages en diagonale. Par exemple,  quand t'as le cas de l'héroïne qui se débat dans une situation inextricable pendant 5 pages alors que l'écriture de l'auteur te fait bien comprendre depuis un moment qu'elle va s'en sortir de toute façon.
Et puis l'histoire d'amour, là, au milieu, non mais pourquoi ?

Les personnages :
Ce qui me gêne dans beaucoup d'oeuvres de ce genre qui cherchent à dépeindre la révolte sociale, c'est que le peuple justement, est toujours vu comme une masse informe, guidé par le héros/ l'héroïne qui se sacrifie au nom de la vérité. C'est beau sur le papier mais c'est vite lassant et décrédibilisant pour les vrais gens qui font la révolte. Que ce soit dans ce bouquin ou beaucoup d'autres histoires, le peuple, c'est un peu de la chair à canon pour les héros qui les envoient au casse-pipe les gens n'ont pas vraiment de visage, souvent ils agissent par impulsivité, comme une masse informe et irréfléchie qui suit son guide.
Ce qui change un peu ici, c'est l'héroïne, qui est une héroïne (c'est un peu original, quoique, vite fait, il y a pas des masses de meufs non plus, et puis celle-là, t'as vu, elle est quand même hors du commun), et qui fait son truc sans trop se la péter. C'est une ouvrière et ses acolytes, qui vont l'aider, ce sont des ouvrier-es aussi. La « classe moyenne », si on peut l'appeler comme ça dans ce type de société ou les gens n'ont quasiment rien, est très peu dépeinte, on sait qu'elle est là mais ses membres sont vaporeux.
Parmi les dirigeants, pas une meuf par contre (si, un peu au début). Est-ce par critique d'un quelconque ordre social... Ce n'est pas vraiment exprimé de cette manière.
Au final, question inclusivité et représentativité dans les persos, faudra repasser...

L'écriture :
La focalisation est interne, notre imagination et vision des événements évolue en même temps que celle des personnages. C'est cool pour mettre du suspense.
C'est bien écrit. Le décor est précis. Là, c'est clair, t'as pas besoin de faire un film dessus, le film, tu l'as déjà clairement dans ta tête.
Il y a parfois des lourdeurs à la fin. Mais là c'est propre à beaucoup d'oeuvres qui cherchent à dépeindre la révolte et à y mettre un peu de romantisme. C'est déjà ce qui m'avait dérangée dans « V pour Vendetta », un peu too much niveau grands sentiments.


En résumé :
Je pense que j'ai été un peu parasitée par l'agacement créé par tous les récits de dystopie qui nous inondent actuellement et que j'aurais besoin de lire ou de relire un peu mes classiques pour me confronter à nouveau à ce genre littéraire (Orwell, Aldous Huxley, Ray Bradbury).
C'est pas parce que je critique que je me suis ennuyée en lisant, loin de là. J'ai bien aimé, globalement, c'était plutôt chouette et prenant.
Est-ce que je conseille de le lire ? Franchement, je ne sais pas trop. Si t'as un bon rythme de lecture et que t'as envie de te plonger dans un roman de SF divertissant, oui, carrément. Par contre, si tu as peu le temps de lire et que tu cherches LE roman dystopique qui va vraiment te marquer, ben non.


Ah oui, et puis j'oubliais, c'est une trilogie, il y en a encore deux autres après. Perso, je ne les lirai pas, ce tome-là mettant quand même une fin à l'intrigue principale.


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